Le PDG Jeffrey Yin présente sa vision et sa stratégie pour Artsy

Jeffrey Yin, auparavant directeur financier et conseiller juridique principal d'Artsy, est devenu le nouveau PDG de l'entreprise le 1er juillet. Il succède à Mike Steib, qui a dirigé l'entreprise pendant cinq ans et continuera de siéger au conseil d'administration d'Artsy.

Arrivé chez Artsy en 2019, Jeffrey Yin était jusqu'ici responsable de la stratégie et des opérations de l'ensemble de l'entreprise, ainsi que du développement corporatif et des relations avec les investisseurs. Il a joué un rôle essentiel dans la structuration et la croissance d'Artsy, qui soutient désormais plus de 4 000 galeries, maisons de vente aux enchères, foires d'art et institutions dans plus de 100 pays. Il a également dirigé l'expansion des fonctionnalités transactionnelles d'Artsy sur plusieurs marchés clés à l'international, et a travaillé en étroite collaboration avec les équipes commerciales et de produits pour innover et apporter de la valeur aux galeries partenaires d'Artsy ainsi qu'à l'ensemble de l'écosystème artistique.

Aujourd'hui, à la tête de l'entreprise en tant que PDG, Jeffrey Yin s'attache à maintenir et à perfectionner la stratégie commerciale actuelle d'Artsy, avec un accent renforcé sur le soutien aux galeries partenaires et l'amélioration de notre produit.

Nous avons rencontré Jeffrey pour discuter de sa vision et de sa stratégie pour Artsy, des nouveaux développements à venir et de son message aux galeries partenaires. Grand passionné d'art et collectionneur lui-même, il nous parle également d'une récente acquisition de cœur.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux galeries partenaires d'Artsy et à la communauté artistique au sens large au moment de prendre vos fonctions de PDG ?

Mon message aux galeries commence par un rappel : la vision d'Artsy est de bâtir « un avenir où chacun se laisse toucher par l'art au quotidien », et notre mission est d'« élargir le marché de l'art pour soutenir davantage d'artistes et d'œuvres dans le monde ». Nous nous appuyons également sur cinq valeurs d'entreprise fondamentales, dont la première est « L'amour de l'art ».

Tout ce que l'équipe d'Artsy et moi-même entreprenons vise à concrétiser cette vision et cette mission. Beaucoup de nos collaborateurs ont une formation artistique, d'autres non. Mais nous partageons tous le même rêve : permettre aux collectionneurs, qu'ils soient novices ou expérimentés, de découvrir et d'acquérir les œuvres qu'ils aiment et de trouver des artistes qui leur parlent.

Soutenir les galeries est essentiel à cet écosystème. Les galeries sont les ponts indispensables qui relient les artistes aux collectionneurs et favorisent un marché de l'art prospère et durable.

Parlez-nous de votre parcours chez Artsy jusqu’à présent. Qu’avez-vous appris sur le marché de l’art ?

Ces cinq dernières années chez Artsy, j'ai eu la joie de m'immerger dans le monde de l'art, ce qui m'a permis d'acquérir des connaissances précieuses qui façonnent aujourd'hui ma vision et ma méthode.

L'un des enseignements clés que j'en retire est l'importance de l'accessibilité et de la pédagogie. Le marché de l'art peut souvent sembler impénétrable pour ceux qui n'y sont pas profondément ancrés. J'ai constaté par moi-même à quel point il est vital d'offrir des ressources et un accompagnement aux nouveaux collectionneurs. Le rôle d'Artsy à cet égard a été déterminant, en proposant des outils et des repères qui mettent l'art à la portée de tous.

J'ai également appris à apprécier l'interaction entre les mondes physique et numérique de l'art. Si les modèles physiques traditionnels restent indispensables, le numérique offre d'immenses opportunités de visibilité et d'interaction supplémentaires. Les galeries physiques sont souvent limitées par leur emplacement, mais grâce à notre plateforme, elles peuvent présenter leurs œuvres à un public mondial. Cette approche hybride garantit que l'art reste accessible et visible par le plus grand nombre, sans frontières géographiques.

Une autre leçon majeure concerne la puissance des données et de l'approche curatoriale. En utilisant des algorithmes avancés et des analyses basées sur les données, combinés à l'expertise artistique de notre équipe interne, nous parvenons à concevoir des expériences personnalisées pour les collectionneurs, ce qui enrichit leur parcours et renforce leur engagement. Cela valorise l'expérience du collectionneur tout en stimulant la demande et la croissance sur le marché.

La résilience et la capacité d'adaptation du marché de l'art m'ont également impressionné. Malgré les fluctuations économiques et les crises mondiales, la passion humaine pour l'art perdure. J'ai vu des artistes, des galeries et des collectionneurs innover en permanence pour traverser ces changements, en ressortant souvent plus forts et plus connectés.

Enfin, l'importance du soutien aux artistes et galeries émergents est un thème récurrent. En offrant à ces acteurs essentiels une vitrine pour exposer leur travail et entrer en contact avec un public mondial, nous favorisons leur croissance et enrichissons l'ensemble de l'écosystème artistique.

L'outil Demand (Analyse de la demande) permet aux galeries partenaires d'Artsy de voir quels artistes et œuvres d'art les collectionneurs recherchent activement, en affichant les alertes qu'ils ont configurées sur Artsy. Les collectionneurs reçoivent des notifications personnalisées dès qu'une galerie publie une œuvre correspondant à leur alerte.

Comment imaginez-vous l’évolution d’Artsy sous votre direction au cours des cinq prochaines années ?

L'équipe d'Artsy, sous la direction de Carter Cleveland, puis de Mike Steib, a bâti des bases solides, et j'en suis extrêmement reconnaissant.

Nous proposons une couverture éditoriale de premier plan sur les artistes incontournables et les moments forts de l'actualité artistique ; nous offrons une ligne curatoriale forte ; et nous disposons d'un outil de recherche puissant pour les collectionneurs chevronnés en quête d'œuvres spécifiques d'artistes sur les marchés primaire et secondaire.

Dans les cinq prochaines années, Artsy va évoluer pour proposer une offre plus robuste aux collectionneurs moins initiés. Ces acheteurs potentiels n'ont pas encore forcément de sensibilité artistique bien définie. Nous sommes convaincus qu'ils représentent une part importante du marché de l'art de demain, et nous avons à cœur de les accompagner.

Pour ce public de collectionneurs en herbe, notre objectif est de mettre en avant des œuvres d'art captivantes et à des prix justes, afin de leur permettre de découvrir, d'entrer en contact et d'acquérir plus facilement les œuvres qui leur plaisent. Ce faisant, nous souhaitons élargir le marché de l'art, soutenir davantage d'artistes et de galeries, et encourager une communauté artistique plus ouverte et dynamique.

Quel regard portez-vous sur l’état actuel du secteur de l’art et quelles sont, selon vous, les plus belles opportunités pour les galeries aujourd’hui ?

Le secteur de l'art traverse actuellement une période délicate. Le marché manque de dynamisme et les galeries sont sous pression. Pourtant, ces défis recèlent aussi de formidables opportunités d'innovation et de développement pour les galeries.

L'une des principales opportunités de croissance réside selon moi dans l'équilibre à trouver entre la présence physique sur les foires d'art et la présence en ligne. Les galeries ont tout intérêt à se concentrer sur les foires les plus stratégiques en accord avec leur programmation, tout en s'appuyant en continu sur des plateformes en ligne pour cibler un public plus large.

Bien souvent, les collectionneurs ne peuvent pas voir l'ensemble des œuvres susceptibles de les intéresser, ce qui entraîne un manque à gagner tant pour les acheteurs que pour les galeries. En s'associant à Artsy, les galeries peuvent valoriser l'intégralité de leurs artistes et de leur inventaire. Grâce à notre système de personnalisation avancée, ces œuvres sont ensuite présentées de manière ciblée aux collectionneurs qui ont déjà témoigné de l'intérêt pour des styles ou des artistes similaires. Notre travail de sélection et de curation aide également les amateurs d'art à découvrir de nouvelles signatures. Autant d'initiatives qui permettent de tisser de nouveaux liens pérennes entre galeries et collectionneurs.

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus concernant l’avenir d’Artsy et le potentiel de croissance du marché de l’art ?

L'art se situe au sommet de la pyramide du luxe. Pourtant, de nombreuses personnes qui achètent des montres de prix, des bijoux ou même des bateaux trouvent encore le marché de l'art intimidant et inaccessible. Artsy est idéalement placé pour combler ce fossé. Nous avons l'opportunité unique de continuer à démocratiser l'accès à l'art et de soutenir une communauté florissante et diversifiée d'artistes, de galeries et de collectionneurs. Beaucoup de gens souhaitent collectionner mais n'osent pas se lancer, par manque de repères ou de confiance. Artsy joue un rôle clé pour conseiller et guider ces futurs collectionneurs, rendant l'art plus abordable et faisant émerger une nouvelle génération d'amateurs d'art.

Notre capacité à sélectionner et recommander des œuvres adaptées aux goûts de chacun permet à chaque collectionneur de trouver des pièces qui résonnent en lui. Cette recherche personnalisée enrichit l'expérience de collection et ouvre de nouvelles perspectives aux artistes et aux galeries. À titre personnel, je suis un grand adepte de notre collection Curators’ Picks: Emerging ainsi que de notre foire en ligne Foundations, toutes deux méticuleusement préparées par notre équipe en interne. En m'intéressant à ces propositions, mes recommandations sur Artsy s'orientent désormais vers des artistes émergents représentés par de petites et moyennes galeries du monde entier. Je me suis ainsi découvert un faible pour les approches innovantes de l'art figuratif et des natures mortes. Et de là, j'ai découvert des artistes dont les créations me touchent profondément, notamment des artistes queer et d'origine asiatique.

Ces deux dernières années, Kevin Sabo et Adrian Kay Wong comptent parmi mes artistes coups de cœur découverts sur Artsy, avec lesquels je ressens un vrai lien. Tous deux collaborent avec plusieurs galeries partenaires d'Artsy. Je peux ainsi suivre de près leur travail sur la plateforme et recevoir des alertes dès qu'une nouvelle œuvre est mise en ligne. J'ai approfondi ma connaissance de leur univers grâce à nos contenus éditoriaux et en échangeant avec leurs galeries d'art, ce qui m'a récemment conduit à acquérir des pièces de chacun d'eux via Artsy. Mieux encore : mes suggestions sur Artsy s'adaptent de plus en plus précisément à mes préférences. Pour le collectionneur relativement novice que je suis, c'est un atout précieux pour affiner mes goûts et cibler les créations qui comptent pour moi. C'est également formidable de constater qu'en demandant des renseignements et en achetant les œuvres de ces artistes sur Artsy, je construis des relations authentiques avec leurs galeristes, qui me font ensuite découvrir d'autres artistes de leur catalogue qui me plaisent tout autant.

La transition numérique du marché de l'art a fait d'immenses progrès depuis mon arrivée chez Artsy il y a cinq ans, mais le potentiel reste immense. À mesure que les collectionneurs se tournent vers Internet pour repérer et acquérir des œuvres, la portée mondiale d'Artsy et notre technologie innovante ne feront que s'améliorer, connectant artistes et galeries à un public plus large que jamais. Cela contribue également à bâtir une communauté artistique plus inclusive et ouverte à la diversité des voix et des regards. C'est précisément cette vision d'un écosystème de l'art connecté et dynamique qui me passionne le plus.

Quelles sont les œuvres marquantes de votre collection personnelle, et comment reflètent-elles vos goûts ?

J'aime absolument chaque pièce de ma collection ; elles ont toutes une résonance intime pour moi.

Parmi mes récentes acquisitions, il y a la toile Golden (2024) d'Adrian Kay Wong — qui n'est d'ailleurs pas encore accrochée —, achetée auprès de la galerie partenaire d'Artsy Uprise Art. Adrian est un artiste sino-américain installé à Los Angeles, et Uprise Art est une galerie basée à New York, tout près des bureaux d'Artsy. Cela faisait un moment que je souhaitais acquérir une œuvre d'Adrian, et Golden s'est imposée comme une évidence. Le jaune éclatant de la composition et le mouvement circulaire du vase frôlant la poire, puis remontant vers son emballage de papier, ont immédiatement capté mon regard.

L'œuvre faisait partie de la dernière exposition d'Adrian chez Uprise Art. Je me suis rendu au vernissage où j'ai pu le rencontrer. Il m'a parlé de sa démarche et de cette création précise. Golden résonne en moi comme un instantané de l'histoire de l'immigration sino-américaine. Elle est issue de la série de Wong intitulée « Upon a Golden Mountain », qui retrace le parcours des immigrés chinois attirés par San Francisco au milieu du XIXe siècle, partis chercher fortune dans le Nouveau Monde.

Mes parents ont immigré aux États-Unis en 1964, et je me rappelle très bien les poires asiatiques qu'ils servaient lors des parties de mah-jong qu'ils organisaient pour leurs amis quand j'étais enfant. Mais l'histoire de l'immigration est aussi faite de difficultés et parfois de rejet. Je me souviens de mes parents me racontant comment mon père avait perdu son travail dans un restaurant pour avoir ouvert un sachet de thé afin de le servir en vrac dans la tasse plutôt que de laisser infuser le sachet, ou encore ma mère arpentant Market Street à San Francisco à la recherche d'un premier emploi.

Si l'on regarde attentivement l'œuvre, on aperçoit un minuscule oiseau mort dessiné sur le vase. Ces épreuves et ces revers de fortune sont représentés au cœur d'une scène par ailleurs idyllique. Nous arrivons sur cette terre de promesses en y apportant nos traditions, en vivant nos propres succès et échecs, tout en restant attachés à notre communauté autant qu'à notre nouvelle patrie.

Je vois et je ressens véritablement l'histoire de ma propre famille à travers cette œuvre, et je l'aime infiniment.

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