L'œil d'Artsy : comment notre directrice éditoriale conçoit la couverture des artistes et des galeries

Casey Lesser a rejoint Artsy à l'automne 2013 en tant que stagiaire au sein de l'équipe éditoriale. Au cours de la décennie qui a suivi, elle a rédigé, documenté et édité des milliers d'articles sur l'art, les artistes, les galeries, la créativité et bien plus encore. Aujourd'hui à la tête de l'équipe Contenu, elle collabore avec les rédacteurs, auteurs et curateurs d'Artsy pour concevoir les récits que vous découvrez dans Artsy Editorial, sur nos réseaux sociaux et dans nos collections curatées.
Ce mois-ci, nous avons rencontré Casey pour lever le voile sur les coulisses d'Artsy Editorial — notamment sur la manière dont l'équipe sélectionne ses sujets et élabore The Artsy Vanguard — et découvrir les projets de l'équipe Contenu pour 2024.
Comment Artsy Editorial a-t-il évolué au cours de la dernière décennie ?
Ce n'est un secret pour personne, la ligne éditoriale d'Artsy Editorial a beaucoup changé ces dix dernières années — mais quelle publication n'a pas évolué ? À nos débuts, nous rédigions de courts textes pour accompagner les œuvres d'art sur Artsy ; peu de temps après, nous avons introduit les essais de fond, les listes thématiques ludiques, les compte-rendus de foires et les visites d'ateliers d'artistes approfondies. Les années suivantes, nous avons développé quatre piliers thématiques afin de toucher un public plus large avec des sujets autour de l'histoire de l'art, de la culture visuelle et de la créativité, en plus du marché de l'art. Depuis quatre ans, nous avons affiné notre approche pour nous adresser plus directement aux collectionneurs et aux professionnels du secteur, et pour offrir un contexte approfondi autour des œuvres, artistes, galeries, foires et enchères visibles sur Artsy.
Sur quoi l'équipe éditoriale se concentre-t-elle aujourd'hui ? Qu'est-ce qui vous enthousiasme le plus en ce moment ?
Aujourd'hui, notre couverture éditoriale se divise en deux volets : d'une part, nos articles sur l'art — profils d'artistes, critiques d'expositions de musées, sélections et décryptages de tendances — aident nos lecteurs à découvrir de nouvelles signatures et à suivre les artistes incontournables du moment ; d'autre part, notre couverture du marché de l'art offre des analyses pointues à travers des bilans d'enchères et de foires, des zooms sur le marché, des portraits de galeristes, de collectionneurs et d'autres acteurs du secteur, ainsi que des décryptages basés sur nos données.
Au début de l'automne, nous avons relancé notre rubrique News, où nous suivons l'actualité des galeries, des artistes, des maisons de ventes, des foires et plus encore. Grâce à ce format News, nous sommes plus agiles et réactifs. C'était la pièce manquante pour permettre à nos lecteurs de prendre le pouls du monde de l'art en temps réel.
La promotion des artistes émergents me passionne toujours autant. Il est essentiel pour nous d'utiliser notre plateforme pour amplifier la voix et le travail d'artistes exceptionnels qui ne sont pas encore très connus, ou qui ne le sont que localement. Nous réalisons bien sûr des portraits individuels, mais nous proposons également notre rendez-vous mensuel Artists on Our Radar ainsi que The Artsy Vanguard, dont l'édition 2023 a été lancée plus tôt ce mois-ci.
Du côté du marché, nos analyses basées sur la donnée sont particulièrement pertinentes. Cette année en particulier, nous nous sommes plongés dans les données d'Artsy, les résultats d'enchères et les enquêtes menées auprès de nos utilisateurs et de notre réseau de galeries pour en extraire des perspectives clés sur l'industrie. Nous avons ainsi pu identifier les artistes qui gagnent du terrain — un rendez-vous fort de notre newsletter mensuelle Artsy Insider —, évaluer l'état du marché des enchères et sonder les collectionneurs sur leurs préférences d'achat.
Nous venons également de relancer notre newsletter professionnelle, The Gallerist, via laquelle nous partagerons des enquêtes exclusives et des analyses de données spécialement conçues pour les professionnels des galeries. (Vous pouvez vous inscrire ici.)

Shota Nakamura, SUMMER TABLE, 2023. Avec l'aimable autorisation de C L E A R I N G.
Que recherchez-vous, vous et les rédacteurs, lorsque vous examinez les propositions d'articles d'auteurs et de galeries ?
C'est une question que l'on nous pose très souvent ! L'équipe et moi-même gardons toujours notre lectorat à l'esprit : les utilisateurs d'Artsy s'intéresseront-ils à cet artiste ? Les collectionneurs considéreront-ils cet article comme un incontournable ? Grâce aux performances de nos publications passées, nous savons précisément ce qui résonne auprès de notre communauté.
Cela dit, ce qui nous pousse en fin de compte à accepter ou à refuser un projet — qu'il vienne d'une galerie, d'un bureau de presse, d'un de nos pigistes ou d'un membre de notre équipe — c'est l'angle. Nous recherchons des récits originaux, actuels, captivants et structurés de manière claire, qui font écho aux préoccupations actuelles des collectionneurs et du milieu de l'art, qui sont liés à une exposition en cours, à un événement ou à la culture populaire, et qui s'appuient sur une interview ou un travail d'enquête original. Enfin — et c'est crucial —, le sujet doit disposer de visuels de haute qualité et pouvoir se prêter à un titre percutant. Nous demandons d'ailleurs aux auteurs indépendants de nous soumettre des propositions de titres dès le départ.
Comment planifiez-vous le calendrier éditorial et comment choisissez-vous les artistes, les galeries et les autres sujets de vos articles ?
Nous planifions généralement deux à trois mois à l'avance et commençons par positionner les grands temps forts du calendrier : les grandes foires et ventes aux enchères, les ouvertures d'expositions très attendues, les biennales et événements institutionnels, les mois thématiques, ainsi que les initiatives propres à Artsy, comme le Vanguard ou notre foire en ligne Foundations (dont la prochaine édition sera lancée en janvier 2024).
À partir de là, nous intégrons nos séries récurrentes, nos portraits, nos critiques et nos rapports de marché. Pour compléter le calendrier, nous étudions les propositions des journalistes indépendants et des attachés de presse, mais nous observons aussi de très près ce qui se passe directement sur Artsy. Nous analysons les œuvres que nos galeries partenaires mettent en ligne, à l'affût de nouveaux talents, de tendances émergentes ou de galeries aux programmations novatrices.
Pour ce qui est des portraits d'artistes ou des créateurs que nous intégrons dans des dossiers globaux, nous privilégions principalement des artistes contemporains vivants qui proposent une démarche originale, qui exposent dans nos galeries partenaires et qui vivent un moment fort de leur carrière (nouvelle exposition solo ou présence remarquée en foire). Nous préférons lorsque le sujet s'appuie sur une actualité précise — une raison claire de parler de cet artiste à ce moment précis.
Nous avons tendance à nous tourner vers des artistes émergents dont nous pouvons être les premiers à dresser le portrait, des artistes plus âgés ou disparus qui bénéficient d'une reconnaissance tardive méritée, ou des figures de premier plan qui acceptent de nous accorder un entretien et de partager des réflexions inédites. Pour nos sujets marché, nous nous intéressons de près aux artistes qui connaissent une belle dynamique en ventes aux enchères et en foires. Quel que soit le stade de carrière de l'artiste, la qualité de son travail est évidemment essentielle, mais nous veillons aussi à ce qu'il y ait une histoire forte et singulière à raconter.
Nos portraits de collectionneurs et de galeristes sont très variés. Nous aimons donner la parole à de jeunes collectionneurs en pleine ascension pour comprendre leurs motivations et leur approche de l'acquisition ou de la revente, mais nous apprécions tout autant les voix établies qui partagent leur expérience et prodiguent de précieux conseils aux futures générations. Il est également passionnant d'échanger avec des collectionneurs qui ont une démarche ou une mission unique derrière leur collection.
Côté galeristes, nous aimons aller à la rencontre des partenaires d'Artsy — ils sont plus de 3 500, nous avons donc l'embarras du choix ! — et échanger avec les fondateurs et directeurs sur l'identité de leur programmation, les défis quotidiens liés à la gestion d'une galerie et les enjeux de marché qui les touchent de près aujourd'hui.
Vous avez mentionné The Artsy Vanguard. Comment sélectionnez-vous les artistes chaque année ? Comment une galerie peut-elle proposer l'un de ses artistes pour la prochaine édition ?
Cette année marque la sixième édition de The Artsy Vanguard, et nous renouvelons notre approche à chaque fois. Pour 2023, nous avons commencé par un appel à candidatures ouvert, qui a généré plus de 2 300 artistes à étudier. À partir de cette liste, nos rédacteurs, curateurs et experts internes ont recherché des artistes dont le travail est d'une grande qualité, qui commencent à exposer dans des galeries prescriptrices et qui suscitent un intérêt croissant auprès des institutions et des collectionneurs. Lors de la constitution de la sélection finale, nous veillons également à assurer une belle diversité en matière de parcours, de zones géographiques et de pratiques artistiques. Cette année, de manière totalement involontaire, aucun artiste de la sélection n'était basé à New York, ce qui était surprenant mais très rafraîchissant !
L'année prochaine, nous testons une nouvelle méthode : nous construirons notre sélection à partir des artistes que nous découvrons sur Artsy et au-delà tout au long de l'année. Les critères resteront les mêmes, mais la liste découlera directement des autres formats que nous développons, comme nos articles Artists on Our Radar, la collection Curator’s Picks: Emerging (que je pilote) et d'autres projets de nos équipes éditoriales et de curation. Le meilleur moyen pour une galerie de recommander un artiste est d'intégrer son travail sur Artsy et de nous le faire savoir — soit par le biais de votre responsable de compte, soit en nous envoyant un e-mail à pitches@artsy.net avec pour objet « Artsy Vanguard 2024 nomination ».
À quoi peut-on s'attendre de la part de l'équipe Contenu dans les mois à venir ?
Le mois de décembre s'ouvre avec les foires de Miami, que nous couvrirons à travers nos formats éditoriaux et nos réseaux sociaux — avec notamment des Reels Instagram tout au long de la semaine pour partager nos coups de cœur. Nous reviendrons ensuite en détail sur les artistes que nous aurons découverts sur place. La semaine suivante, nous lancerons nos rétrospectives de fin d'année, avec des focus sur les artistes les plus influents de 2023 et les grandes analyses du marché.
En 2024, nous débuterons avec nos prévisions de tendances et les artistes à suivre selon les collectionneurs et curateurs. Plus tard dans le mois, nous lancerons la deuxième édition de Foundations, la foire en ligne d'Artsy dédiée aux galeries reconnues pour leur soutien aux artistes émergents. Parmi les autres temps forts du début d'année, citons la couverture de Frieze Los Angeles et de sa scène artistique en février, ainsi qu'un nouveau rapport sur le marché de l'art à l'occasion du Mois de l'histoire des femmes en mars. J'attends particulièrement le mois d'avril, où nos yeux seront rivés sur la prestigieuse Biennale de Venise. Nous couvrirons le meilleur de l'exposition internationale, les pavillons nationaux ainsi que les nombreuses expositions disséminées dans la ville. J'ai hâte !
Quel conseil donneriez-vous aux galeries qui créent leur propre contenu ?
Même si cette pratique tend à disparaître, il n'y a rien de plus frustrant que de découvrir une exposition ou de visiter le site web d'une galerie pour y trouver un communiqué de presse rédigé comme un poème ou un texte de quelques lignes extrêmement cryptique. Un communiqué de presse est une formidable occasion d'engager un nouveau public ; il est dommage de le décourager d’emblée.
Au-delà de cela, je conseillerais de miser sur les visites d'ateliers. Bien que peu de personnes aient l'opportunité de rencontrer vos artistes et de pousser la porte de leur espace de travail, recréer cette expérience à travers du contenu est la meilleure alternative — et cela ne nécessite pas forcément une équipe de tournage professionnelle. Il peut s'agir de commander un reportage photo ou de collaborer avec l'artiste pour réaliser des vidéos simples pour Instagram. Votre contenu n'a pas besoin d'être parfait — en particulier sur les réseaux sociaux, où l'authenticité et le côté brut s'avèrent souvent plus captivants. Rien ne nous fait plus apprécier le travail d'un artiste que de découvrir le lieu où il prend vie tout en l'entendant en parler. C'est un moment privilégié qu'il est formidable de pouvoir partager avec le plus grand nombre.